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mercredi 13 avril 2011

Petit dictionnaire du tragique


"Situation dramatique au Japon" "L'héroïsme des ouvriers japonais de la centrale qui tentent au péril de leurs vies de combler la brèche", "Les corps de 100 victimes retrouvés par des enquêteurs de l'Otan"...
On l'entend sur France Inter, on le lit dans Le Monde, on s'abîme les oreilles au détour de conversation : le registre du tragique est à l'honneur dans l'actualité.

L'occasion pour moi de rappeler peut être l'origine de ces termes, qui nous viennent du théâtre. Théâtre qui semble être passé des scènes conventionnées à la scène mondiale!

 Destin : 
 "Hé! repoussez, Madame, une injuste terreur. 
Regardez d'un autre œil une excusable erreur. 
Vous aimez. On ne peut vaincre sa destinée. 
Par un charme fatal vous fûtes entraînée. 
Est-ce donc un prodige inouï parmi nous ?
Phèdre, IV, 6


Héros : 
"Qu'est-ce-que le héros tragique? C'est un être particulièrement résigné à la cohabitation avec toutes les formes et tous les monstres de la fatalité." J. Giraudoux


Fatalité :
«Les hommes sont tous condamnés à mort avec des sursis indéfinis.» V. Hugo


Victime : 
"Nous sommes des victimes condamnées toutes à la mort. nous ressemblons aux moutons qui bêlent, qui jouent, qui bondissent en attendant qu'on les égorge." Voltaire


Tragédie :
"La comédie : celle-ci fait les hommes plus mauvais qu'ils ne sont aujourd'hui et la tragédie les faits meilleurs." Aristote
"Les thèmes de la tragédie sont universels, alors que ceux de la comédie sont plus ancrés dans les cultures." U. Eco


Dieu(x) :  
Alcmène
"Je ne crains pas la mort. C'est l'enjeu de la vie. Puisque ton Jupiter, à tort ou à raison, a créé la mort sur la terre, je me solidarise avec mon astre. Je sens trop mes fibres continuer celles des autres hommes, des animaux, même des plantes, pour ne pas suivre leur sort. Ne me parle pas de ne pas mourir tant qu'il n'y aura pas un légume immortel. (...) Pourquoi me regardes-tu soudain de cet air respectueux ?

Jupiter
C'est que tu es le premier être vraiment humain que je rencontre ..."
J.Giraudoux, Amphitryon 38, II, 2

Hybris :
"L’hybris pousse le héros à agir et à provoquer les dieux, malgré leurs avertissements, ce qui aboutit à leur vengeance et à sa perte. Ce sentiment est la marque de l’action du héros tragique, toujours prêt à assumer son destin." P.Pavis


Catharsis:
"La tragédie est donc l’imitation d’une action noble, conduite jusqu’à sa fin et ayant une certaine étendue […] ; c’est une imitation faite par des personnages en action et non par le moyen d’une narration, et qui par l’entremise de la pitié et de la crainte, accomplit la purgation des émotions de ce genre." Aristote

lundi 28 février 2011

Une tragédie finit-elle bien?


Pour être tragique une pièce doit-elle impérativement finir mal? Le héros doit-il souffrir jusqu'à ce que le rideau tombe? L'amplitude tragique d'une pièce se mesure-t-elle jusqu'à sa fin?

On s'habitue bien vite aux happy end que nous servent différentes industries télévisées et cinématographiques.
Bien sûr on souffre et on pleure, mais quel soulagement de ne pas avoir enduré tout cela pour rien! Purgé d'émotions négatives, on ressort avec, imprimé sur notre rétine, au choix : les retrouvailles, le baiser, la réconciliation finale.

Pourtant, la tragédie en tant que telle ne peut s'achever sur une note fraîche et pimpante. Renonçant à une facilité que nous prenons pour acquise, elle ne fait pas l'économie de la réflexion. Austère le tragique? Dépassée la catharsis? Peut-être bien. La tragédie contemporaine ayant pris son envol loin des codes édifiés par la Poétique de l'ami Aristote. On doit reconnaître que la tragédie fait difficilement vibrer les âmes comme elle a dû le faire durant l'Antiquité ou même le Moyen Age.
Mais un code théâtral évolue avec la société qui l'engendre, or aujourd'hui et avec tous les facteurs que nous connaissons, le spectateur se comporte plus que jamais en client. Il paye sa place et attend en échange un service qui tient souvent du plaisir et de la détente. Dès lors, comment prendre positivement le fait qu'on fasse souffrir le spectateur? Que la tragédie prenne à coeur les problèmes de l'homme et de la société sans nécessairement proposer un univers recomposé dans lequel dansent des bisounours?

On préfère de loin payer sa place pour un one man show, ou pour les téméraires une comédie grinçante. Et quand bien même avons nous payé pour l'Andromaque de Racine à la Comédie Française, il s'agit d'une tragédie qui ne s'inscrit plus dans un contexte actuel. Les questionnements qu'elle engendre sont distanciés.

A défaut d'un texte tragique, respectant l'ensemble des codes de la tragédie, on peut encore se confronter à des textes initiant l'émotion qui devait être autrefois ressentie par les Athéniens lors d'une représentation des Trachiniennes de Sophocle. Je citerai bien évidemment mon dernier chouchou en date : Wajdi Mouawad avec sa trilogie Littoral, Incendies, Forêts. Koffi Kwahulé ou encore Laurent Gaudé étant aussi de ces auteurs qui ne vous promènent pas au pays de Candy.

Alors, je le dis, que cela finisse mal! Sortons choqués, essorés, révoltés, d'une lecture ou d'une pièce tragique. Osons garder sur nos joues les traces iodées des larmes, les ridules d'inquiétudes, provoquées par une pièce tragique. OUI, la tragédie finit mal et ce n'est pas si grave.

Pour poursuivre la réflexion, un texte court et agréable à lire qui condense un ensemble de réflexions de théoriciens autour de l'happy end dans les tragédies. Avec une tasse de thé ou de café, un moment intelligent à passer devant son écran!


vendredi 21 janvier 2011

Revisiter la tragédie par le texte

A la recherche d'un texte idéal pour aborder la tragédie, je suis tombée sur l'excellent :

Les enfants de Médée de Suzanne Osten et Per Lysander, éd. Théâtrale Jeunesse


Avec 5 personnages (Médée, Jason, la Nourrice, Petite Médée, Petit Jason)  la fable se tisse sur un espace scénique définit avec précision au début du livre : une première partie du plateau figure la chambre des enfants, la seconde un décor antique (colonnes par exemple) dédié aux parents. 
C'est cette configuration qui m'a le plus plu, ce passage d'univers actuel/antique, adulte/enfant avec la Nourrice comme élément liant. 
On y retrouve aussi le chœur antique, avec sa véritable fonction et définition (contrairement à la choralité plus souvent utilisée comme je l'expliquais dans un précédent billet). Le mythe est bien transmis, mais le tour de force réside dans son actualisation par une situation connue de plus en plus fréquemment : la séparation des parents. La tragédie est vécue par les parents, avec les accents tragiques que l'on connaît chez Euripide, puis mimée par les enfants à l'aide des jouets qui peuplent leur univers, avec leur langage à eux.
Les auteurs ne plongent pas dans la traduction/transmission niaise, ils dépassent l'évocation du mythe tragique pour l'appliquer aux tragédies quotidiennes : la violence d'une mère, les disputes des parents, la culpabilité éprouvée par les enfants...

A lire dès 5 ans, à jouer pour un public de 5 ans à 13 ans.

mercredi 22 décembre 2010

La tragédie en atelier, travail de l'énergie du chœur :

Une proposition d'exercice pratique autour de la tragédie, en écho au phénomène de choeur, essentiel à travailler. Les propositions de travail d'écoute de groupe sont toutes valables évidemment, et vous êtes bien évidemment convié à poster vos variantes ou nouvelles idées. Le but ici est de développer l'énergie de groupe qui anime le chœur tout en conservant lune certaine identité qui est aussi essentielle au fonctionnement du chœur. L'exercice est un classique:

 La Machine Infernale

                              
  Un élève se place sur scène et choisi un geste qu'il répètera à l'infini. Un second élève prend place avec un geste de son invention mais qui vient se greffer au mouvement du premier. Les constantes de l'exercice sont les suivantes :
  •  les gestes doivent s'emboiter les uns au autre de manière directe au indirecte
  • les rythmes des gestes des élèves peuvent être différents (petit et rapide ou vaste et lent)  ou uniforme selon l'évolution décidé par le maître d'atelier.
  •  Les élèves qui rejoignent la machine ne doivent pas être désignés mais "sentir" le moment de rejoindre la machine.
  • La machine s'arrête par un accord tacite du groupe, que ça engage à aller jusqu'à une certaine fatigue physique compris.

mardi 7 décembre 2010

Le doigt pointé sur... La Tragédie!

Même si vous ne pouvez pas voir le spectacle, cette vidéo met l'accent sur l'un des composants majeurs de la tragédie : la destinée. A travers ces fils qui relient les marionnettes à leur destin et à la parole de l'Oracle, on retrouve cet aspect inéluctable et fatale de la tragédie. Les marionnettes sont alors vraiment les objets manipulés dans les jeux divins (toutes sont reliées à un fil qui émerge des Cintres), image renforcée par leur côté fragile sous forme de cocon. Une source de réflexion à porter sur la tragédie :


Au fil d'Oedipe | Les Anges au plafond
envoyé par THEATRE71. - Films courts et animations.